Vinum Et Spiritus veut reprendre les discussions avec les décideurs politiques

L’augmentation des accises sur les vins et spiritueux fête aujourd’hui son troisième anniversaire. Son cadeau ? Au bout de 33 mois, le budget de l’État capte 655 millions d’euros de recettes d’alcool en moins que prévu. Selon Vinum Et Spiritus, la Fédération belge du secteur des vins et spiritueux, les chiffres sont éloquents : les ventes intérieures ont fortement chuté, la consommation d’alcool a augmenté en raison de la généralisation des achats frontaliers et les finances publiques encaissent une perte nette de 38 millions d’euros.

Le 1er novembre 2015, le gouvernement fédéral a décidé d’augmenter les accises sur les vins et spiritueux titrant à 30 % et 41 % respectivement. Cette mesure devait avoir un effet positif sur le budget de l’État et allait également bénéficier à la santé publique. Selon Geert Van Lerberghe, le directeur général de Vinum Et Spiritus, aucun de ces objectifs n’est atteint : « Le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé montre que les Belges ont consommé environ 12,1 litres d’alcool pur entre 2015 et 2017, contre 11,4 litres entre 2009 et 2011. Nous nous interrogeons donc sur la contribution réelle de l’augmentation des accises à la santé publique. »

La hausse de la consommation contraste étonnement avec la baisse des ventes de spiritueux et de vins en Belgique. À la fin 2017, les ventes ont diminué de 23,9 % et 7,5 % par rapport à 2015¹, respectivement. Geert Van Lerberghe ajoute : « La combinaison de la baisse des ventes et de l’augmentation de la consommation révèle le succès croissant des achats frontaliers, ce que confirment les statistiques de GfK. En 2016, les Belges ont acheté deux fois plus de spiritueux à l’étranger qu’en 2015, passant ainsi de 5 à 10 %. Cette tendance s’est poursuivie en 2017, à 11,3 %. D’autres secteurs sont également touchés par ce phénomène, car les consommateurs qui traversent une frontière pour acheter des boissons n’y achètent évidemment pas que de l’alcool. »

Gueule de bois financière

En termes financiers aussi, Vinum Et Spiritus note que l’augmentation des accises n’a pas atteint son objectif et a même coûté de l’argent. Fin septembre 2018, le montant des accises collectées était inférieur de 457 millions aux prévisions budgétaires. Geert Van Lerberghe explique : « La baisse de volume qui a suivi la hausse des prix a été si importante que le gouvernement a perdu pas moins de 198 millions d’euros en recettes TVA en 33 mois. Les recettes provenant des accises ont peut-être augmenté de 160 millions d’euros par rapport à 2015 – ce qui est très inférieur aux prévisions budgétaires, – mais si l’on tient compte de la baisse de TVA, on constate actuellement une perte nette de 38 millions d’euros. Le budget de l’État est ainsi amputé de 655 millions d’euros de recettes d’alcool par rapport aux prévisions. »

Interlocuteur constructif

Vinum Et Spiritus comprend qu’il est difficile pour le gouvernement d’admettre six mois avant les élections que cette composante du tax shift a tourné en eau de boudin. Néanmoins, la fédération sectorielle espère que les politiciens belges profiteront du nouvel accord de coalition pour sortir de cette impasse. Geert Van Lerberghe assure : « Nous voulons être un interlocuteur constructif dans la recherche d’une solution équilibrée. »

Consommation responsable d’alcool

Vinum Et Spiritus est un ardent défenseur d’une consommation responsable et modérée d’alcool, mais ne peut s’empêcher de constater qu’une politique des prix dans une petite économie ouverte comme celle de la Belgique a ses limites. Geert Van Lerberghe déclare : « Nous sommes favorables à des mesures qui s’attaquent de manière ciblée aux problèmes de consommation, par exemple en portant l’âge minimum à 18 ans pour toutes les boissons alcoolisées. Mais à notre grande surprise, et à celle du Conseil supérieur de la santé, le ministre de la Santé publique ne s’y intéresse pas pour l’instant. L’expérience des Pays-Bas est pourtant intéressante. Depuis l’introduction d’un âge minimum pour tous les types d’alcool en 2014, la consommation d’alcool chez les mineurs a diminué de 50 % depuis 2003². Les mineurs commencent à boire de l’alcool deux ans plus tard. »

Malgré les conditions difficiles et une réduction moyenne du personnel de 14 % chez la moitié des membres de Vinum Et Spiritus, ceux-ci continuent à investir et à innover. Geert Van Lerberghe conclut : « Un nouveau whisky, gin ou un autre produit local belge est régulièrement lancé sur le marché, sans parler de la construction de nouvelles installations de distillation ou d’embouteillage. Il semble d’ailleurs que 2018 sera une année record pour les vins belges et nos vignerons font tout ce qui est en leur pouvoir pour asseoir la réputation de la Belgique comme pays viticole. Notre secteur brille par sa passion, son artisanat et son ambition, et c’est dommage de voir que nos membres ne se sentent pas soutenus par le gouvernement dans cet esprit entrepreneurial. »

 

¹ Euromonitor, Alcoholic Drinks in Belgium Analysis 2018

² Évaluation par l’Institut Trimbos, STAP et la clinique Jellinek, octobre 2018